Victoire

Prologue

Courir. Il fallait courir. Plus vite. Encore plus vite. Le rattraper. Et il courait. Ses jambes battaient le sol à une vitesse impressionnante, ses bras le propulsaient en avant. Toujours plus vite. Dans sa poitrine, il pouvait sentir son cœur s’emballer. Tiendrait-il dans la durée ? Il ne savait pour combien de temps encore cet homme le baladerait à travers les ruelles étroites de la ville. Même s’il l’avait perdu de vue, il pouvait entendre son pas sur les dalles irrégulières et il savait qu’il allait dans la bonne direction. Essuyant son front moite de sueur, il continua sa course en se focalisant sur le bruit des pas de l’homme qu’il poursuivait. A droite, à gauche, encore à gauche. Il était sûr d’être déjà passé par ici. D’ailleurs, la jeune mendiante n’avait pas bougé. Le jeune homme ne ralentit pourtant pas sa course et la dépassa une nouvelle fois. A l’instant où son pied droit frôla le verre qu’elle tenait devant elle, il sentit qu’on lui glissait quelque chose dans sa chaussure. Il se retourna, interdit, et ralentit. Un clin d’œil et il comprit qu’on lui venait en aide. Le morceau de papier contenait une oreillette qu’il s’empressa d’enfiler. Elle grésilla. Il reprit sa course, guidé par la voix de Gaétan qui avait leur homme en vue. A droite. Descendre l’escalier. Enfin, il le vit. A quelques mètres, dissimulé dans un renfoncement qui, malheureusement pour lui, était éclairé par la fin de la ruelle qui débouchait sur le port. Sans attendre qu’on lui en donne l’autorisation, il bondit et le prit à la gorge. Un bras sur sa bouche pour le faire taire, l’autre autour de sa taille pour l’empêcher de bouger. Un coup de genou à l’intérieur des siens, et il plia sur le sol. Une dernière touche, juste là, dans le creux du coude. Un appui vif, rapide, précis, juste au bon endroit, et l’homme s’évanouit. Déjà, une camionnette pilait à l’entrée de la ruelle, deux hommes en sortaient, un troisième ouvrait le coffre pour y embarquer leur cible enfin attrapée. Il y grimpa aussi, reprenant petit à petit sa respiration. On lui tapa sur l’épaule.

— Bravo, Etienne ! Bon boulot, comme d’hab ! Tu es vraiment un as de la course poursuite !

Le jeune homme hocha la tête, encore tout essoufflé. Dehors, c’était comme s’il ne s’était rien passé. La vie suivait son cours, l’activité du port n’avait absolument pas été perturbée, personne n’avait rien vu. Il haussa les épaules et se laissa aller contre le dossier de son siège, yeux clos. Il venait de remplir sa part du marché, la sieste dans laquelle il s’apprêtait à plonger était amplement méritée !

— Tu te reposeras plus tard, le secoua Gaétan. François a encore du travail pour toi !