A l’école du bonheur

Lundi 7 décembre : Nouvelle semaine, nouveaux projets ! Et cette semaine, on lance nos bricolages de Noël, mais avant ça il faut quand même bosser encore un peu. Reprise du texte à découvrir et lire à la maison et explication du vocabulaire. Qu’est-ce qu’un vestige ? Une petite veste, bien sûr. Je n’irai pas plus loin, ils ont, de toute façon, toujours bien trop d’imagination, ces enfants ! Après une matinée extrêmement dense ponctuée de ces petits rien qui se transforment en petits soleils dans les cœurs de chacun, nous laissons nos élèves à l’animateur et descendons déjeuner. 12h50 : une maîtresse entre, en panique, dans la salle des maîtres. « Euuuh, Agnès, Charlotte, il y a 6 élèves qui font le piquet devant votre classe. J’ai pas osé intervenir mais enfin vous devriez peut-être aller voir, quoi… » Oh, non c’est pas vrai, me dis pas que ça recommence… Et puis déjà, ils sont censés être dans la cour, là, pas là-haut ! Je monte en grommelant… et tombe sur G, S, B, R, A et B.. ! Autant dire, 6 adorables petits chous qu’on n’entend jamais et dont on ne se plaint JAMAIS ! Ils m’apprennent qu’ils sont punis parce qu’ils ont fait le petit train dans les escaliers, en gros ils se sont tenus par les épaules parce qu’on leur demandait de monter à la queue-leu-leu au lieu de faire comme d’habitude, à savoir, en rang deux par deux. Je me plante devant l’animateur. Je sais bien qu’il est mécontent, rapport à ce qui s’est passé à la fin de la semaine dernière, mais de là à planter 6 gamins dans le couloir pour une broutille et pendant 20 minutes alors qu’ils devraient être dans la cour en train de hurler, de courir, bref, de se défouler parce qu’ils en ont besoin, je trouve qu’il y va un peu fort. J’en profite pour lui dire qu’ils n’ont rien à faire dans la classe à cette heure-ci : sur le planning, c’est leur créneau de récré. Il fait froid dehors, me dit-il. Oui, et alors ? Est-ce qu’on arrête les récrés en hiver, nous ? Ils le sentent pas, le froid, eux ! Ils ont besoin de bouger, sinon on les récupère surexcités et impossible de les faire bosser ! Sur ce, je renvoie tout ce petit monde dans la cour. Non mais !  

Mardi 8 décembre : Journée des crasseux. Alors que nous accrochons quelques guirlandes de papier pendant que les élèves sont en musique, I et A débarquent en courant dans la classe : Maîtresse, maîtresse, eh bah S il a vomi ! Aïe. Ça commence bien, aujourd’hui. M’enfin, il a l’air d’aller plutôt bien, lui. Ça va mieux, qu’il dit ! Pas envie de rentrer à la maison. Nan, sans blague… Dis surtout que c’est parce qu’on va découvrir les additions posées AVEC retenue et que tu n’as absolument pas envie de rater ça 😉 La matinée passe. Pas d’autre accident. Je surprends plusieurs fois ce cher K assis bizarrement. Il bouge et se trémousse plus que d’habitude, je me dis que c’est sans doute passager. C’est quand il se lève pour aller chercher son atelier sur le banc que je tique. Le derrière de son jean est…marron ! Je comprends vite, vu comment il marche, que ce n’est pas de la terre dans laquelle il se serait assis par mégarde (ou pas, d’ailleurs). BEURK ! Mais BEURK, quoi !!!! Heureusement qu’il existe un petit stock de vêtements dans l’école pour qu’on puisse changer les élèves. Il s’est littéralement chié dessus. Pendant qu’il se change, tout penaud, je le plains et en même temps je dois bien avouer que je me marre intérieurement. J’ai jamais vu ça… Oui, je sais, je suis une très méchante maîtresse !

Mercredi 9 décembre : 4 absents. Record depuis le début de l’année ! Tant pis, hors de question de faire une entorse au programme du jour, ils rattraperont, et ça permettra aux présents de verbaliser (comme ils disent dans l’éducation nationale) ce qu’ils ont appris, lorsqu’il faudra leur expliquer ce qu’est un verbe. Eh oui, mesdames et messieurs, aujourd’hui, les CE1 B et C découvrent LE VERBE ! C’est toujours un grand moment, parce qu’ils se sentent GRANDS. C’est un mot qu’ils ne cessent d’entendre au détour des conversations qu’on peut avoir dans la classe, alors être enfin capable de le repérer dans une phrase parce qu’on leur donne enfin le moyen de le faire, c’est énorme pour eux. On termine la séance par quelques mimes, qui leur permettent de sentir déjà la différence entre un verbe conjugué et un verbe à l’infinitif, et ils rigolent parce qu’on appelle ça le verbe tout nu. Fin de la séance et retour aux bricolages de Noël. Le photophore prend forme, petit à petit. Les talents artistiques de chacun se révèlent (ou pas, d’ailleurs) et on a de belles surprises ! Ma petite K est décidément très habile de ses dix doigts, quant à S qui a tendance à toujours aller un peu vite, le voilà contraint de recommencer…

Jeudi 10 décembre : C et K arrivent toujours un peu plus tôt que les autres élèves, parce qu’elles ont des grandes sœurs en CM1 et CM2, et avec ces histoires d’entrées et de sorties échelonnées, les parents ne s’en sortent plus, parfois. Ce matin, elles sont toutes mignonnes, une craie à la main, elles se mettent en tête de dessiner les maîtresses sur le sol de la cour. On est assises sur le banc et on discute avec d’autres maîtresses, café/thé en main. Une nouvelle maîtresse nous rejoint et rigole : « c’est quoi, c’est un nouveau rite ? Une nouvelle manière de se saluer ? » On rit. C’est vrai que là, nous assises et elles à genoux devant nous, ça fait un peu adoration du Seigneur par son vassal, haha ! Bonne nouvelle, il n’y a plus que K-le-crasseux qui est absent. Il faut donc apprendre aux trois revenants ce que nous avons fait sans eux. J’ai un peu la boule au ventre, parfois, ils ont l’air attentifs mais ils ne retiennent rien… Mais là, ça FUSE ! Tout sourire, ils lèvent le doigt pour verbaliser leurs souvenirs :

— Le verbe, c’est une action !

— Et puis souvent, c’est le premier mot du groupe verbal !

— D’abord il faut se demander de qui on parle, et après il faut se demander encore ce qu’il fait ! Et la réponse, c’est le verbe.

— Et parfois il est tout nu, ça c’est quand il est à l’infinitif, t’as dit, même que c’est K qui l’avait trouvé hier !

— Oh oui parce que tu l’avais oublié, maîtresse, alors qu’il se finissait par -er comme les verbes des dictées.

— Et parfois il est en costume, ça c’est qu’il est conjugué !

— Et même, il a trois costumes : le présent, le futur…
— … et le passé !

— Et on peut les mimer !

WAHOU !! Ils ont TOUT RETENU ! Eh bah croyez-moi, ça, c’est le genre de moment béni qui fait chaud au cœur et ravit la maîtresse ! La journée se termine tranquillement, au son de quelques chants de Noël qui résonnent dans la classe grâce à mon portable, Spotify et une super enceinte, tandis que la structure noire des photophores se couvre de papier vitrail coloré pour leur plus grand bonheur 😊

Vendredi 11 décembre : 3 absents. La semaine se termine tranquillement. Avec le risque, quand même, qu’une sympathique épidémie de gastro se soit répandue parmi nos élèves. Hum, on va sans doute insister un peu plus sur le port du masque et le lavage des mains, alors, hein les enfants ? Et puis ne vous collez pas trop les uns aux autres et ce sera super ! Bref, pour une fois, vous avez le droit de respecter les distanciations sociales et ce put*** de protocole sanitaire qui nous déshumanise tous, c’est chouette hein ? A est toute mimi, comme d’habitude, ses cheveux sont parfaitement attachés ce matin, et elle a même enfilé une couronne de fleurs élastique autour de sa tête. Elle en tend une à C, sa voisine, qui l’enfonce sur sa tête en souriant, toute contente. Mmmh. Le rendu n’est pas tout à fait le même. A a le visage dégagé, on ne voit plus celui de C qui disparait sous sa frange et ses fleurs. C’est pas grave, elles sont choutes ! On termine la semaine avec la dictée test (préparatoire à celle de lundi), un défi d’additions posées avec et sans retenue, et la découverte d’un nouveau texte de lecture. Ils sont agités, ils ont du mal à se taire, du mal à se concentrer, du mal à tenir en place. Ha. Ha. Serait-ce la pluie qui fait son grand retour ? Ou bien c’est le fait de se rapprocher de Noël de plus en plus ? Ils n’en peuvent plus, les pauvres ! On ne fait que parler de ça, on décore la classe, on bricole, on ouvre une à une les cases du calendrier de l’Avent, et le temps passe mais Noël n’arrive pas.. !! E me demande chaque matin « mais maîtresse, c’est quand Noël ? » On compte en nombre de dodos, pour faire en sorte que ça fasse un peu sens pour lui, mais ça reste trop abstrait. Ça doit être dur, parfois, pour lui, d’entendre sans cesse « dans longtemps, pas tout de suite, pas maintenant ». Ou pas. « Eh maîtresse, c’est quand les TAP ? » Dans quelques minutes. « C’est quoi quelques minutes ? » 5, environ. « C’est beaucoup ? »  Non, c’est rien du tout. « Ah, d’accord. » Oui, d’accord. Puisque tu le prends comme ça… 😀

Allez, plus qu’une semaine et c’est les vacances !

La maîtresse Charlotte

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