A l’école du bonheur

Lundi 23 novembre : Ayant remplacé une maîtresse en réunion dès le début de la matinée, je n’ai retrouvé mes élèves qu’au retour de la récréation ce matin. Au début, tout allait bien, et puis K est arrivé, et là, j’ai fait gloups. Il était NOIR de terre ! Mais quand je dis noir, il faut imaginer qu’il en avait jusque dans les oreilles, quoi ! Quand je lui demande pourquoi il est dans cet état, il baragouine quelque chose que je ne comprends pas, l’air à la fois surpris que je le gronde et en même temps gêné d’avoir été découvert. Il m’explique qu’ils ont joué au foot dans la cour mais que comme ils n’avaient pas de ballon, ils ont utilisé son bonnet. D’ailleurs, il tient dans la main ce qu’il en reste : le pompon… « Où est le reste ? » « Euh… Ben… Dans la cour, maîtresse ! » « Bah vas le chercher, je doute que Maman apprécie de te retrouver sans ce soir.. ! » « Ben oui, mais en fait… Viens voir ! » En fait, le bonnet, dégoulinant de boue, est allé se percher tout en haut du plus haut panier de basket de l’école. Tant pis pour la Maman, je ne vais pas m’amuser à aller le chercher, ça lui apprendra. Je ris sous cape en l’aidant à se nettoyer sous le robinet glacé du préau. Pauvre K ! Je l’aide à frotter ses cheveux et soupire devant l’état de ses vêtements. Il va passer une bonne journée !

Mardi 24 novembre : A midi, respect du protocole sanitaire oblige, l’animateur n’a d’autre choix que de remonter avec quelques élèves en classe. Ce sont principalement des petites filles de CE1, elles voulaient dessiner et il fait trop froid dehors. Ça ne me dérange pas, je les trouve plutôt chou. D’ailleurs, H est venue avec C, sa sœur jumelle. Elle est trop mignonne, elle lui fait visiter la classe, coin après coin ! Comme si elle n’avait pas d’yeux pour voir que là, ce sont des tables, ici, l’armoire dans laquelle ils ont le droit de venir chercher des feutres et des crayons, ici, le coin bibliothèque avec les tapis, et là, le bureau de la maîtresse, derrière lequel je suis assise, d’ailleurs !

Mercredi 25 novembre : Sur le bureau, en arrivant avec Agnès, nous découvrons deux grosses enveloppes à nos noms. Enfin, presque. Sur la mienne, il est écrit « pour Charlot » et sur la sienne « pour Anignèsse ». Pas de doute, H a encore frappé ! Dans la cour, après s’être lavé les mains, elle se plante devant moi. « Maîtresse, t’as vu mes cadeaux ? Est-ce que j’ai bien écrit ? » « Oui, j’ai vu tes cadeaux, et non, je suis désolée minette, tu n’as pas vraiment bien écrit… » « Oh zut, je m’en souviendais plus de comment on écrivait vos prénoms ! » C’est pourtant pas faute de les avoir écrits partout dans la classe… K arrive en courant, tout sourire. « Mmmh K, dis-moi, tu n’aurais pas oublié quelque chose ? » Il me regarde. « Ben non ! » « Ben si, K ! Sur ton dos… » « Oh, zut, j’ai perdu mon cartable dans les toilettes, attends-moi maîtresse, je reviens ! » Plus tard, la classe est au travail. On peine à obtenir le silence depuis lundi. Ils sont agités, ça sent la fatigue. Alors que l’ambiance s’apaise enfin, une petite voix brise le calme. « Mais J, tu fais quoi ? » je m’exclame, plantée devant lui, mimant l’énervement, poings sur les hanches et sourcils froncés. « Je travaille, maîtresse ! » me répond-il, et ses yeux s’arrondissent derrière ses petites lunettes. « Je le vois bien, mais ce serait mieux si tu le faisais sans chantonner, mon coco… » « Mais je chante pas… » En voilà encore un qui fait les choses sans s’en rendre compte !

Jeudi 26 novembre : Aujourd’hui, en grammaire, nous continuons nos manipulations. Le principe est simple : j’ai écrit quelques phrases sur des bandes de papier. Les élèves viennent au tableau 2 par 2 pour les tenir devant toute la classe. Et puis on s’interroge : de qui parle-t-on ? qu’est-ce qu’on en dit / qu’est-ce qu’il (elle) fait ? Le but : identifier (au moins) deux groupes différents présents dans la phrase. On se prépare doucement mais sûrement aux loooongues analyses grammaticales qui commenceront bientôt, en somme ! Toute la classe participe et c’est vraiment un super moment ! Même la petite K qui a parfois du mal à se sentir concernée par ce qu’on fait en classe est à fond ! « Ça parle de Cendrillon ! Et on dit qu’elle pleure devant la cheminée ! Alors tu coupes entre Cendrillon et pleure ! » Mon rôle à moi, dans tout ça ? Effectivement, c’est de donner un coup de ciseaux là où ils me l’indiquent et de leur permettre de vérifier si ce qu’ils ont choisi fonctionne. Je joue le jeu, ce qui implique qu’il y ait parfois des erreurs. Heureusement que mon rouleau de scotch n’est pas loin 😉 Le plus drôle, c’est quand la phrase possède un troisième groupe et que j’essaye de leur faire prendre conscience qu’il n’est pas obligatoire. Je joue avec les élèves tenant les étiquettes en inversant leurs places, ou en envoyant celui qui tient le groupe sujet (ou le groupe verbal) loooiiiin des autres pour qu’ils relisent la phrase sans et réalisent qu’ils se sont trompés en disant qu’ils n’en avaient pas besoin pour la comprendre ! L’exercice final à faire chacun à sa place me permet de valider mon objectif : ils sont trop doués cette année, ils comprennent tout ! 😀

Vendredi 27 novembre : Après une semaine dense et fatigante pour tout le monde, c’est la journée des pleurs. R renifle parce qu’il ne sait plus écrire un mot de la dictée. K s’effondre parce qu’elle réalise qu’elle a oublié quelques mots, elle aussi. C fond en larmes alors qu’Agnès tente de les détendre en leur montrant comment fabriquer un petit panier en origami « Maîtreeeesse, j’ai rien compris, bouhouhou… » Oh lalaaa, mais qu’est-ce qu’ils ont ce matin ? Et en voilà d’autres qui boudent ! N croise ses petits bras en signe de mécontentement après avoir été puni de récré, et E soupire à sa table, la tête dans les mains parce qu’elle n’a pas eu la feuille rose qu’elle voulait pour faire son panier. Eh beh ! Heureusement que la classe possède quelques petits soleils dont le moral est toujours au beau fixe !! K rigole tout seul en me voyant me débattre avec une grande feuille blanche qui ne veut pas tenir en place, et J explique aux ‘pleureurs’ que « c’est pas grave de pas réussir parce qu’on fait tous des erreurs, même les maîtresses, et que tous les jours on apprend des nouvelles choses ! » La semaine se termine par un petit débat : Comment faire pour être en bonne santé ?

Morceaux choisis : « Il faut s’amuser ! » G. « On peut sortir prendre un peu l’air ! » C. « Faut faire du sport ! » B. « Mais naaaan sinon on va suer des aisselles ! » S. « Il faut obéir aux parents. » E. « On doit travailler ? » S. Et pour finir, le clou du spectacle : « Faut bien se laver les fesses ! » J.

Pfiou. Pas fâchée qu’elle soit terminée, celle-là !

La maîtresse Charlotte

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