A l’école du bonheur

Lundi 9 novembre : Comme chaque lundi en temps normal, la journée commence par le Quoi de Neuf, exercice d’écriture très simple à travers lequel les élèves s’entraînent à rédiger des phrases correctes tout en racontant une ou deux choses de leur week-end (parfois on a aussi de futurs grands poètes qui décrivent tooouuuuuut ce qu’ils ont fait et c’est…chiant !). Pendant ce merveilleux week-end confiné, H a donc fait une chasse otrézor et sététrobuin, S est allée aux Butchamo, K a gfduvélo (comprendre : j’ai fait du vélo) et elle est aussi allée au parc, sauf qu’elle l’a écrit comme ça, elle : je suiyaléopraq. E a enfin réussi à écrire quelque chose (miracle !) mais on a dû s’y mettre à plusieurs et le lire à haute voix parce que cette suite de lettres faisait difficilement sens. Finalement on a quand même compris qu’il était allé chez sa mamie : je te yale jé mamami. Enfin, pour finir en beauté, I a cuisiné, elle a fait des coucises ! Pour une fillette dont la maman est anglaise, on aurait pu espérer qu’elle sache l’écrire correctement, mais non ^^ En Arts Visuels, la PVP* a proposé aux élèves de transformer des tableaux connus selon leurs goûts, comme La Joconde, par exemple ! Pauvre Mona Lisa devenue soldat anglais sanguinolant pour G, R et J, ou encore Napoléon, vu le magnifique bicorne ajouté sur sa tête par O. Plus sage, J a glissé une croix dans sa main et nous a fièrement expliqué que c’était devenu une Joconde d’Eglise ! Ah, c’est bien, ça… En maths, j’ai pris notre petit groupe d’élèves favori au fond de la classe et je regrette de ne pas avoir enregistré cet épique moment au cours duquel E a hurlé plusieurs fois « 15 ! mais c’est 15 » en lisant le nombre 50, persuadé que c’était moi qui me trompais. Non mais oh ! Finalement, j’ai quand même réussi à lui faire lire les nombres 70, 80 et 90, et c’était pas gagné d’avance, croyez-moi !!

*PVP : Professeur de la Ville de Paris. Ils interviennent en EPS, et Arts Visuels et en Musique dans toutes les écoles de Paris et ils sont géniaux !!

Mardi 10 novembre : Les élèves commencent leur journée par un petit cours de musique. Tout se passe bien, mais au moment de quitter la salle d’arts, E me tire par la manche comme le grand bébé qu’il est pour attirer mon attention. « Maîtresse, maîtresse, bien y a K et J qui m’ont dit des choses méchantes ! Et y m’ont montré des choses qui sont pas belles ! » J’interroge la PVP qui me dit qu’elle n’a rien remarqué. Après, ce petit là, il affabule pas mal et s’invente souvent des problèmes alors je hausse les épaules et décide de ne pas m’inquiéter outre mesure. Mais il insiste, et je vois bien les deux lascars qui me jettent des regards inquiets dans l’escalier pendant que E continue à me raconter (avec ses mots d’enfants parfois durs à comprendre) ce qui lui est arrivé. Je les garde donc avec moi quelques minutes avant de les laisser entrer en classe pour les interroger. Ils me regardent avec leurs grands yeux tout ronds, l’air de dire : mais non, on n’a rien fait ! Finalement, J me dit : « Ben en fait on lui a fait ça » en me montrant son dos. « Ah, donc vous lui avez montré votre dos ? » je demande, perplexe mais pas dupe, je les connais bien, mes deux affreux jojos. « Nan en fait c’était ça » reprend K – qui ne sait pas mentir – en me montrant ses fesses. Aaaaah nous y voilà, ça recommence ! Ces deux idiots ont la fâcheuse manie de baisser leur pantalon pour montrer leurs fesses aux copains parce que c’est quand même vachement drôle de faire ça.. !! Ah, maternelle, maternelle, quand tu nous tiens… Je soupire, prend un air désabusé, gronde pour la forme parce que j’ai quand même bien envie de rigoler et les envoie à leur place avec un sonore : « et c’est la dernière fois que j’entends ça, la prochaine fois j’appelle vos mamans ! » Ils piquent du nez sur leurs cahiers, et c’est dans ces moments-là que je bénis mon masque qui leur cache mon immeeeeennse sourire ! Plus tard, nous abordons, comme de coutume, le son de la semaine. Dernier son complexe, et pas des moindres : le son [euil] ! Explication des mots de vocabulaire proposés par la fiche, c’est pas simple. Qu’est-ce qu’un chevreuil ? Une chèvre, bien sûr. Bah quoi, ça se ressemble, non ? Et du chèvrefeuille ? Un fromage de chèvre avec des feuilles dessus ! Alors, non, ça c’est le P’tit Billy, en fait. Bref, je vais pas toutes vous les faire. Retenez qu’en CE1, on passe certainement plus de temps à couvrir notre bien nommée affiche de vocabulaire spéciale « mots nouveaux » qu’à travailler réellement… (d’ailleurs, on a presque fini la 3e)

Jeudi 12 novembre : On ne peut pas ne pas travailler le 11 novembre et faire comme si de rien n’était le jeudi qui suit. Me voici donc prête à affronter le doigt levé de J qui touche presque le plafond tant il trépigne d’impatience à force de vouloir prendre la parole, lui qui sait tout parce qu’il adore l’Histoire de France et surtout quand ça parle de la guerre ! Gloups. A côté de lui, toujours à côté de la plaque, E ne sait même pas ce que c’est qu’une guerre. Bon, allons-y ! Quelques minutes plus tard, mon tableau est recouvert des mots

« Première Guerre Mondiale

1914-1918

11 novembre 1918

Armistice »

A côté, j’ai vainement tenté de dessiner une tranchée vue du ciel et en coupe, mais comme je n’ai jamais été douée en dessin, ça ressemble plutôt à un enchevêtrement de traits… J me rassure en me disant que c’est très ressemblant. Bof, j’y crois moyen… Un autre J plus timide lève le doigt lorsque j’évoque l’Armistice. « Moi ma maman elle m’a dit que j’étais un amistocrate. ». J’ai du mal à comprendre le lien entre les deux, j’avoue. Je me dis que comme il l’a mal prononcé, il a peut-être trouvé que les deux mots se ressemblaient… Forcément, les autres veulent tous savoir ce que c’est, un amistocrate ! Je corrige la prononciation, l’écris en haut du tableau et l’explique brièvement. Et c’est ainsi que j’apprends, très simplement, que le petit J qui paye pas de mine comme ça, descend du grand Chevalier Bayard. Ouioui, son château, parce que monsieur a un château dans lequel il passe ses vacances, c’est le Château Bayard ! Ah oui bon d’accord très bien. Les autres n’en reviennent pas… C’est vrai qu’à côté, les barres du 19e c’est moins glam’… ! Nous en sommes là de nos explications quand tout à coup, une gomme vole à travers la classe et se cogne contre le plafond. Boum. K me regarde, mi-surpris, mi-flippé. Je l’attrape et l’emmène visiter le couloir tout en demandant aux enfants de ranger leur feuille pour qu’on passe à la suite. Ah, K et ses gommes, toute une histoire ! Je sais pas combien il en a eu depuis la rentrée, je me suis arrêtée de compter. En tout cas, les trois premières ont fini découpées en toooouuut petits morceaux dans les montants du dossier de sa chaise… C’est ma binôme qui les a retrouvées en se penchant au-dessus de lui, un jour ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines… Dans l’après-midi, il va mettre une heure, UNE HEURE !! pour recopier trois questions écrites au tableau. Je l’ai bien observé, tout en prenant un air dégagé, bien sûr. Et vas-y que j’écris un mot, que je me retourne vers mon copain pour lui poser une question, que je fais malencontreusement tomber ma nouvelle gomme sur le sol et me retrouve à ramper sous la table pour l’attraper, que je perds mon crayon dans la foulée et le retrouve sous mon cartable, que mon cartable se retrouve en plein milieu de la classe parce que je l’ai poussé et qu’il a des roulettes donc il a roulé alors je vais le rechercher en chantant Bella Ciao et … Oh ben non, zut, la maîtresse a effacé le tableau ! « Mais maîtresse, j’ai pas fini, moi… » Oui, et sinon, t’as remarqué que les autres étaient passés à une autre activité depuis 40 minute ou pas ? Sacré K !

Vendredi 13 novembre : Trop jeunes pour être superstitieux, pas un seul de mes petits loulous n’a relevé la date du jour lorsque je l’ai écrite au tableau. Bon, tant mieux, ça fera un sujet de débat en moins, vous me direz ! Parce que la correction cahiers échangés de la dictée de la semaine a encore été un moment bien agréable pour nos pauvres oreilles… « Dans mon cahier il manque des mots ! » « Mais N il a encore oublié tous les petits-mots-devant comme quand y parle (oui on parle bien de déterminants) c’est une faute ou pas ? » « Mais là maîtresse, j’sais pas lire c’qu’il a écrit aussi, c’est inlisable ! » On dit illisible, C. Et toi, N, tu corriges pas ? La flemme, comme d’hab’ ? « Ben non, mais là ce mot il était pas dans la dictée aussi. » Ah, c’est normal, ça c’est la date… C’est sympa, cette façon de faire, c’est trèèèèès sympa ! Allez, on passe aux problèmes ? Non, là-dessus, rien à raconter, ils ont pigé, c’est pas drôle. Grammaire, alors ? Allez, comment on fait pour poser une question, les enfants ? « Ben, on demande ! » Merci H. Un exemple, du coup ? Croyez-moi, on a bien ri, une fois de plus. Dans l’après-midi, on parle décomposition d’un nombre à centaines. E (celui qui confond 15 et 50) est assis à côté de moi. J’essaye de lui faire comprendre l’exercice mais il est beaucoup plus intéressé par la boîte à cadeaux posée sur le bureau que par son exercice. Oui, on reçoit tellement de dessins et de petits bricolages parfois chelous qu’on a décoré une boîte qu’on a renommée « boîte à cadeaux pour les maîtresses ». Comme ça, ils les déposent dedans et quand elle sera pleine on ira la perdre quelque part dans les poubelles. Mais chut, faut pas le diiiiiire ! 😉 Dernier quart d’heure, les devoirs sont écrits, les cartables sont faits, la classe est rangée. On les laisse souffler un peu. E et C se sont mis en tête d’aller sur la lune…alors ils se fabriquent des ailes en papier ! En même temps, y a de l’idée et de la créativité, c’est pas mal ! Mais au moment de remettre leurs cartables sur leurs dos, c’est nettement moins pratique ! 😀

Allez, à la semaine prochaine !

La maîtresse Charlotte

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