Victoire

Chapitre 2 : Le retour d’Alma

22 février

Alma Langevin attrapa la poignée de sa valise, ajusta son énorme sac sur son dos, replaça pour la énième fois une mèche rebelle de ses cheveux auburn derrière son oreille pour dégager son front et se dirigea vers la sortie de l’aéroport. Malgré elle, la jeune femme ne put retenir un soupir en constatant qu’on n’était pas venu l’attendre. Elle se secoua intérieurement. Tu n’avais qu’à leur demander de venir, si tu y tenais tellement, pensa-t-elle en rejoignant les couloirs bondés du RER. Trop de monde, trop de bruit, trop d’odeurs désagréables. Bienvenue à Paname, se dit-elle encore. Elle se réfugia dans le fond d’un wagon, cala ses bagages à côté d’elle, enfonça ses écouteurs au fond de ses oreilles et se laissa emporter par la musique, tout le temps que dura le trajet. Elle l’écoutait encore lorsqu’elle parvint en bas de son immeuble, malgré les rappels incessants de son portable l’avertissant que sa batterie ne tiendrait plus longtemps. Balançant ses lourds bagages dans l’ascenseur, elle monta au deuxième étage, fouilla son sac à main à la recherche de ses clefs, pesta contre le fouillis qui y régnait alors qu’elle l’avait pourtant réarrangé dans l’avion, et ouvrit enfin la porte de l’appartement qu’elle partageait depuis deux ans avec Manon. L’étudiante à laquelle elle avait sous-loué sa chambre ces six derniers mois était partie dans le week-end et il n’y aurait donc personne pour gâcher ses retrouvailles avec sa colocataire. L’appartement était plongé dans la pénombre et le silence. Manon n’avait donc pas eu le courage de veiller et de l’attendre… Dépitée, Alma chercha l’interrupteur et la lumière se fit dans l’entrée.

— SURPRIIIIIIIIIIISE !

La jeune femme en resta bouche-bée. Apparaissant les uns après les autres de derrière les portes du salon où ils s’étaient cachés, tous ses amis riaient du tour qu’ils lui avaient joué, Manon la première. Elle n’eut pas le temps de se défaire de son manteau. Déjà, ils l’assaillaient, la prenaient dans leurs bras, l’embrassaient, et lui souhaitaient la bienvenue au pays à grands renforts de cris. Les larmes aux yeux, et bientôt les joues humides, elle passa de bras en bras dans un état second. Et elle se retrouva assise au milieu du canapé, une bière à la main, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Osanne avait passé un bras autour de ses épaules et la serrait contre elle. Alexis s’inquiétait de son voyage, lui demandait si elle avait eu des compagnons de vol sympas. Emmanuelle lui souriait. Pierre-Grégoire ne cessait de lui tendre à manger, arguant du fait qu’elle avait considérablement maigri chez les English et qu’il était temps de se remplumer un peu. Plus discrets, David et Maxence lui posaient quelques questions sur la fin de son stage. Et Manon, aux anges, dressait déjà la liste de toutes les choses qu’il fallait absolument qu’elles fassent toutes les deux pour rattraper ces longs mois l’une sans l’autre. Il n’y en avait qu’un qui manquait à l’appel. Toujours le même. Elle aurait voulu ne plus être affectée par lui. Elle s’était dit qu’après ces longs mois sans le voir, elle serait peut-être enfin guérie de ce qu’elle ressentait dans le plus grand secret pour lui. Peine perdue. Il n’était pas là, et elle réalisait à quel point il lui manquait. Focalisée sur son absence, elle avait du mal à se réjouir alors que tous les autres s’étaient pourtant réunis pour elle. Se grondant intérieurement, Alma sourit à Manon qui la sondait de ses yeux verts.

— Ne t’inquiète pas, murmura-t-elle, ça va. J’ai juste un peu de mal à atterrir…

— Ça te fait plaisir, alors ? s’enquit la brunette en s’asseyant près d’elle.

— Oui, beaucoup. Merci Manon ! Je savais que je pouvais compter sur toi pour m’éviter le blues du retour.

— Je suis si heureuse que tu sois là ! Candice était sympa, mais rien ne vaut ta présence ici !! Ta musique me manquait, et nos soirées papote aussi, renchérit la jeune fille, les yeux brillants.

Alma esquissa un nouveau sourire et saisit son portable qui vibrait avec insistance sur la table. C’était sa mère, il fallait qu’elle réponde. Elle s’excusa, s’éclipsa, traversa le couloir et entra dans sa chambre toute vide dont elle referma doucement la porte derrière elle. Lénaïg Langevin voulait simplement s’assurer qu’elle était bien rentrée et qu’elle profitait d’une douce soirée bien entourée. La jeune femme la rassura et lui affirma qu’ils étaient bien tous là, essayant de chasser l’absent de ses pensées. Satisfaite, elle s’en réjouit pour elle et lui demanda s’il était toujours question qu’elle vienne les voir le week-end suivant. Heureuse à l’idée de les retrouver et de se faire chouchouter un peu par les siens, Alma confirma et en profita pour prendre des nouvelles de ses deux petits frères.

— Ils ont hâte de te retrouver, tu penses bien ! lui répondit Lénaïg après lui avoir donné quelques détails sur la crise adolescente qui les guettait.

— Et… Et Pierre-Yves ? souffla enfin Alma en s’asseyant sur son lit.

— Il est près de moi, tu veux lui parler ?

— Oui !

Il y eut un bref silence, elle entendit nettement que le téléphone changeait de mains. Le cœur battant, elle attendit qu’il se manifeste.

— Alma ? s’enquit bientôt Pierre-Yves Langevin.

Voix grave et douce à la fois. Chaleureuse. Exprimant, à travers son simple prénom, toute la tendresse de celui qui avait pris la place d’un père absent et inconnu dans son cœur et dans sa vie entière. La jeune femme chassa une larme qui la gênait.

— Pi… Pierre-Yves, murmura-t-elle. P… Papa…

— Ma chérie, que se passe-t-il ? reprit l’homme. Tu as une toute petite voix. Ça ne va pas ?

— C’est rien, se ressaisit-elle, c’est juste que… ça me fait bizarre de t’entendre enfin !

— Nous t’attendons avec impatience, tu sais. J’ai hâte de te serrer dans mes bras !

— Moi aussi, Papa, moi aussi, j’ai hâte de vous retrouver.

— Retourne profiter de tes amis, nous aurons tout le temps de parler ce week-end. Je t’embrasse, Alma ! Ta mère aussi, d’ailleurs !

Alma raccrocha, abandonna son portable sur son lit et rejoignit ses amis en expirant bruyamment. La soirée se prolongea tard dans la nuit, et Manon tint à l’aider à faire son lit lorsqu’ils furent tous partis. Enfin seule, la jeune femme se coula entre ses draps propres et reprit son portable. Rien. Pas un seul message de sa part. Avait-il seulement retenu qu’elle rentrait ce soir ? Le cœur battant la chamade, les mains moites, elle tapa un message qu’elle effaça tout aussi vite. Se mordant nerveusement l’intérieur de la lèvre, elle recommença pour tout annuler à nouveau. Le cerveau en ébullition, le cœur en miettes, elle finit par abandonner, ne sachant même pas quoi lui dire. Le noir se fit dans sa petite chambre et elle se blottit sous sa couette en fermant les yeux. La joie qui l’habitait quelques heures plus tôt lorsqu’elle avait découvert la surprise qui lui était faite avait cédé la place à un abattement profond. Elle pensa à tous ces jeunes avec lesquels elle avait travaillé ces derniers mois et qu’elle avait laissés derrière elle un peu plus tôt dans la journée. Leurs noms, leurs visages, les parcours accidentés de chacun. Elle n’oublierait jamais ce que cette formidable expérience auprès de tous ces blessés par la vie lui avait apporté et appris. Revivant tous ces aurevoirs qui ne la laissaient pas indemne, Alma sombra dans un sommeil lourd, peuplé de rêves étranges où se mêlaient des voix, des visages et des odeurs gravés dans sa mémoire.

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