Chroniques d’une confinée

Toute ressemblance avec la personne ayant écrit les quelques lignes qui vont suivre ne serait que le fruit de votre imagination un peu trop fertile !

Semaine 7

Lundi 27 avril. Hier soir, avant de me coucher, j’ai pris de bonnes résolutions. Finis, les petits-déjeuners au lit en compagnie de mon beau Capitaine ! Finies, les matinées en pyjama qui me font perdre un temps précieux et ne m’aident pas à être efficace. Il est donc 8h, et je suis assise sur le canapé du salon, bol de céréales en main, tasse fumante pas trop loin. A 8h25 pétantes, mon premier mail de la semaine part rejoindre chacun de mes élèves à leur domicile. Et la matinée s’enchaîne à un bon rythme, je prépare la suite, je passe en revue ma boîte mail et aiguille les parents en difficultés, j’ai même une de mes élèves au téléphone, qui me pose quelques questions quant à la fiche d’écriture du jour et la poésie (qu’elle aurait dû apprendre vendredi !). Elle est choute. On se donne rendez-vous pour qu’elle me la récite dès qu’elle la connaîtra !! Affamée, je déjeune tôt : cet aprèm, j’ai rendez-vous chez l’ORL et je dois braver un peu le confinement parce c’est à 2 kilomètres de chez moi. Il fait beau, j’y vais en marchant, hors de question que je prenne le métro, non mais oh ! Verdict : j’ai eu raison de m’inquiéter un peu, elles sont pas en très bonne forme, mes petites oreilles. Le gentil docteur me prescrit trois mois de traitement. Avec ça, normalement, mes acouphènes devraient passer. Quant à cette fréquence que je n’entends plus… Il va falloir faire avec ! Super, j’ai 25 ans et on m’annonce tranquillement que je suis déjà un peu sourde, youhou ! Elle s’est bien foutue de moi, la doc que je suis allée voir l’an dernier et qui m’a dit qu’en me détendant ça passerait !!! Je rentre chez moi, toujours à pieds. Ça m’a fait du bien, cette heure de marche. Et ça m’a épuisée… Quand je pense qu’il y a 6 semaines, je passais mes journées debout à gesticuler dans tous les sens…. Il est loin, ce temps ! J’écris un peu, je suis fière parce que Victoire avance bien, petit à petit, tous ces « petits bouts » que j’ai écrits au fur et à mesure se rattachent les uns aux autres pour former une belle histoire ! Le soir, Amélie ne rentre pas, elle fête l’anniversaire d’une collègue à l’hôpital, alors moi je dîne tranquillement, un mélange de pâtes au chèvre, champignon et pesto rosso (j’ai fait un mix de trucs cool trouvés dans le frigo !) et je rejoins mes potes sur Zoom. On échange les nouvelles de la semaine, et plein de recettes de cuisine trop bonnes, c’est sympa ! Après ça, je m’écroule sur mon lit. J’ai l’impression d’avoir vécu 3 journées en une seule ! C’était loooong !

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Mardi 28 avril. Mes bonnes résolutions tiennent bon. Il est 9h15, je suis douchée et habillée, et je me prépare pour mon skype avec un élève. Il ennuie un peu sa pauvre maman, et moi je vais le remettre sur le droit chemin ! Elle fait ce qu’elle peut, la pauvre. Finalement, j’y passe la matinée. Tiens, je n’avais pas remarqué à quel point il avait du mal à se concentrer sur quelque chose. Perdu au milieu des autres, il avait l’air plutôt mignon. Mais là, alors que je suis seule face à lui, je le trouve bien dissipé, il s’éparpille tellement facilement…. 2h pour faire 3 exercices ! Mon Dieu, j’ai bien cru que ça ne s’arrêterait jamais ! J’ai à peine le temps de déjeuner tout en appelant Marie que déjà, je suis de retour face à ma caméra. Cet aprèm, c’est conseil de cycle en visio’. Outch ! On parle maintiens et passages anticipés, on envisage le retour à l’école le 11 mai… ça devient de plus en plus stressant. Après ça, je dois donc rédiger une fiche de synthèse pour maintenir en CE1 un de mes élèves qui galère et dont j’ai trop peu de nouvelles. C’est dur, c’est long, il me faut les bons arguments pour que l’Inspectrice valide ma décision. Et j’espère qu’elle le fera, parce que je ne donne pas cher de sa peau en CE2, au pauvre chou ! Je n’en peux plus des écrans, je ferme mon ordinateur et me replonge dans les aventures de Gilles. J’adore le fait qu’il se soit associé aux pirates. Mais j’aime beaucoup moins qu’il soit aux prises avec les Anglais, une fois de plus… Avant qu’Amélie ne rentre, je me lance dans la réalisation d’une tatin de chèvre aux petits oignons (merci ma Bline pour la recette !). Ça sent divinement bon dans l’appart quand Mimi rentre de l’hôpital. On déguste ma tarte en soupirant : qu’est-ce qu’elle est boooooonne ! Et puis, comme tous les mardi, me voilà de retour sur Zoom pour une nouvelle réunion de la chorale. C’est rigolo parce qu’ils ne le savent pas mais en fait Amélie est assise à côté de moi pendant la fin du topo. Elle reste même pendant la louange avant de s’éclipser parce qu’elle est crevée ! Moi non plus, je ne tarde pas trop à rejoindre mon lit. Pour que mes résolutions tiennent, il faut que je me couche tôt !

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Mercredi 29 avril. J’ai craqué. Je n’ai pas résisté à l’envie de rouvrir Les aventures de Gilles Belmonte en savourant mon petit-déj. Et puis, très vite, je me suis souvenue qu’on était mercredi et là, j’ai bondi de mon lit ! Non non non, c’est fini les mercredi maudits, me suis-je murmurée à moi-même. Ni une, ni deux, je me suis habillée et j’ai repris place face à mon ordinateur. Travail ok, parents ok. Le passage de Victoire qui mûrissait dans mon cerveau enflammé depuis quelques jours déjà m’attendait, les bras ouverts. Et j’ai écrit. J’ai écrit cette lettre magnifique que des parents rédigent pour leur fille qui a tant de mal à faire face aux épreuves de la vie. Je l’ai tournée et retournée dans tous les sens en cherchant les mots les plus justes, les plus beaux, les plus doux. Au final, c’est un peu comme si je me l’étais écrite à moi-même, cette belle lettre, parce que ce personnage me ressemble beaucoup. On fait comme on peut, hein, y a rien de mieux que de s’immiscer discrètement dans une histoire pour mieux connaître son personnage 😀 Après, comme on est mercredi, je me suis accordée une longue pause pour pouvoir regarder les nouveaux épisodes du Bureau des Légendes. Ouaaaaah ! Ils étaient plus que prenants, cette fois encore ! J’ai pas réussi à m’en détacher ! De la folie douce ! Qu’est-ce que je suis fan, et qu’est-ce que j’aime ces missions, ces hommes, cette vie qui est la leur… Quand Amélie est rentrée, je lui ai lu ma lettre. Elle a souri. Elle aussi, elle m’a bien reconnue dans ces quelques lignes. Et elle l’a trouvée très belle, très juste, tout à fait à sa place. Je suis contente ! On a commandé des sushis pour fêter la fin de ses 5 jours de boulot éreintants et on les a dévorés avant de regarder (enfin !) le dernier épisode sorti d’Outlander. Et pis on a fait dodo, parce qu’elle était bien crevée, la pauvre, et que moi j’avais encore une grosse journée à assurer avant d’être en WE !

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Jeudi 30 avril. Réveil en fanfare, petit-déj ultra rapide et mail du jour envoyé. Il fait très moche. Pffff. Je ne résiste pas à l’envie de rester un peu plus dans mon lit, un tout petit peu plus, pour pouvoir terminer le chapitre sur lequel je me suis endormie la veille. Et comme mes élèves ont l’air de s’en sortir, je me lance dans un nouveau chapitre de Victoire en souriant. Ça y est, ça commence à s’apaiser un peu pour mes héros, on arrive à la deuxième partie de l’histoire qui va soulever moins de problèmes et les montrer au top de leur forme (enfin, normalement) ! Je relis ma merveille à Amélie, elle aime bien, j’en suis ravie. On déjeune tranquillement, et je m’attèle ensuite à la nouvelle vidéo à réaliser pour ma chorale de folie. Après mon temps de prière quotidien, on se retrouve pour un apéro/dîner qui se transforme bien vite en petite soirée fort sympathique ! Les coussins du canapé volent et nous voilà, elle debout sur un pouf, moi debout sur le canap’, à chanter, nos bières à la main faisant office de micro. Ça déraille ! Mais ça fait du bien !!!

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Vendredi 1er mai. Ce matin, c’est dodo. Je traîne avec délices au fond de mon lit en compagnie de mon beau Capitaine, de mon bol de céréales et de mon thé préféré. La matinée passe et je continue à lire. Il est sorti indemne (moins un coup de sabre dans l’épaule) du combat contre les Anglais et le voilà qui rentre enfin en France ! Lorsque je me lève, c’est pour m’attaquer à mon « plan de bataille » pour la suite de Victoire. Le beau chapitre est quasiment terminé, maintenant il s’agit de rebondir et de préparer le retour sur la scène de mes héros préférés en suivant la ligne de conduite que je me suis fixée. Je gribouille quelques pages à la main, rature, souligne, surligne, trace des flèches. Ça fait partie de mes moments favoris : couvrir des pages de brouillon de tout ce qui me passe par la tête et, petit à petit, relier toutes ces idées les unes aux autres pour en faire une histoire ! Au fil des pages, le squelette se dessine à coup de stylo et de feutres qui entourent mes idées principales. Avant le déjeuner, je lis tout ça à Amélie. Elle m’écoute et me lance : au boulot, maintenant ! Eh ouais, au boulot.. ! On déjeune « instagrammable ». C’est un peu notre nouveau délire de confinées : créer de belles assiettes aussi appétissantes à la vue qu’à l’odeur et au goût ! Effet garanti, et réussite quasi-totale à chaque fois ! 😉 On s’est donc régalées de paupiettes de saumon au riz parfumé – un pur délice – avant de se délecter d’une excellente tisane sortie tout droit de ma nouvelle Thé Box, fraîchement reçue (on se fait plaisir comme on peut, hein !). J’ai lu tout l’aprèm et on est sorties bien tard pour faire quelques courses urgentes : soirée crêpes et brunch en prévision ! Pendant qu’Amélie faisait les crêpes, je me suis mise en tête de changer la disposition de la cuisine. Oui oui, ça me prend, parfois. Ainsi, le four a quitté le sol pour s’élever au-dessus du frigo et comme si ça ne suffisait pas, je me suis souvenue d’un carton abandonné dans le couloir depuis presque un an. Dedans, dort tranquillement une étagère que j’ai reçue brisée et qui, bien que j’en ai été remboursée d’une nouvelle toute belle, n’a jamais été réclamée. J’ai donc voulu me servir des planches pour créer une nouvelle étagère à l’ancien emplacement du four. Manque de pot, il manque à peine 5cm pour que mon rêve devienne réalité… Dépitée, je ne me suis pourtant pas avouée vaincue. Je bidouillerai quelque chose et on l’aura, notre étagère !! Bon, comme la veille, notre dîner est parti en cacahuètes et on a chanté à tue-tête la chanson de Cilou « En stop » parce que c’est bien tout ce dont on rêvait en cette soirée : se casseeeeer de Paris ! Et puisqu’on est coincées dans notre salon, on a décidé de s’évader en chanson 😀 Emportées par notre douce folie, on a aussi fait des vidéos boomerangs. Et j’ai ri comme jamais ! J’en pleurais et j’en avais mal au ventre tellement elles étaient réussies et drôles, surtout ! Après ça, m’étant calmée, j’ai eu Marie au téléphone, il était tard et je ne vous dirai donc pas à quelle heure encore plus tardive j’ai raccroché. Mais elle avait lu mes premiers chapitres et elle voulait m’en faire un retour. Et c’est tellement précieux pour moi d’avoir un autre regard sur mon travail que je ne pouvais pas attendre !!

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Samedi 2 mai. Ce matin, entre un court petit-déj et notre brunch de folie, j’ai terminé le 3e tome des Aventures de Gilles Belmonte. Grosse claque quant au rebondissement final ! L’auteur est vraiment ouf, il sait nous tenir en haleine jusqu’au bout et nous donner envie d’ouvrir le tome suivant quasi immédiatement ! Mais avant ça, nos rêves d’évasion en coloc devaient prendre vie, et j’ai donc religieusement rangé ce 3e tome dans ma bibliothèque avant de poser, bien en évidence, le 4e sur ma table de chevet. A ce soir, Gilou… 😉 Nous voilà donc, Mimi et moi, sapées comme jamais, sur le canapé du salon, carte de France et globe terrestre en main, lunettes de soleil et chapeau de paille en prime. C’est comme si on était dans une voiture qui nous emporterait où bon nous semble : à nous, la liberté ! (mais en photo seulement) Une autre chose nous manque beaucoup : les verres en terrasse sous le soleil des fins de journées de printemps et d’été. Ni une, ni deux, nous voilà installées à la fenêtre, on sort deux bières, Mimi allume une cigarette, et avec un bon jeu de plans grâce à mon super appareil photo, nous voilà comme en terrasse (mais en photo seulement, à nouveau !). C’est marrant ! On savoure ensuite notre brunch avant de rejoindre des amis sur Zoom. L’après-midi s’étire lentement. Après ma prière quotidienne, je ressors (enfin !) mon violon. 7 semaines qu’il me tend les bras, 7 semaines que je n’ose pas ouvrir la boîte parce que j’ai peur de l’état dans lequel je vais le retrouver. Je ne l’ai pas ouvert de l’hiver, trop prise. Et c’est capricieux, ces bébêtes-là ! ça n’aime pas trop les chaud-froid… Mais ouf, il va bien ! Le sol a douillé un peu, mais il se réaccorde bien. Je sors quelques notes et me lance : toutes ces chansons que j’ai gardées en tête pour le jour où j’oserais enfin y retoucher, il faut les jouer maintenant 😀 ça fait du bien ! Osanne interrompt ces folles retrouvailles et me voilà à nouveau aux prises avec mon téléphone… et ma gomme ! Mais what ? ben oui, y avait des tâches sur le mur et je voulais voir si elles s’effaceraient à la gomme. Verdict ? Elles sont parties. C’est magique, la gomme 😀 Après un bon dîner, je me suis glissée sous ma couette et j’ai enfin ouvert le 4e tome pour rejoindre mon beau Gilles dans ses aventures. Incroyables, comme d’habitude ! J’ai hâte de pouvoir poursuivre cette lecture trépidante ! 😀

Une confinée (parmi tant d’autres).

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