Chroniques d’une confinée

Toute ressemblance avec la personne ayant écrit les quelques lignes qui vont suivre ne serait que le fruit de votre imagination un peu trop fertile !

Semaine 5

Lundi 13 avril. Ce matin, on s’est réveillées dans le salon avec Amélie ^^ Après avoir un peu bu, beaucoup ri, dansé et chanté une bonne partie de la soirée et de la nuit, on a décidé de « camper » dans notre salon, donc on a dormi sur nos matelas, mais par terre parce que c’est vachement plus drôle comme ça ! Après un bon petit-dej, on s’est à nouveau glissées sous nos couettes et on a regardé un film dont je tairai le nom parce que c’était un vrai navet et qu’il n’a eu que le mérite de faire passer le temps, haha ! La suite de la journée est passée doucement, rythmée par la réorientation – en fonction du soleil – du canapé sur lequel nous nous étions installées avec nos bouquins. Le soir, pour tenir le coup face à la nouvelle allocution présidentielle, on a mangé une raclette. Si si, je vous jure 😀 25 degrés dehors, mais rienàfaire, c’était trop boooon !

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Mardi 14 avril. Dieu que cette journée commençait bien ! Après avoir paressé quelques minutes (euh… plutôt quelques heures !) au fond de mon lit, mon attestation de sortie en poche, je fonçais vers le bureau de poste le plus proche pour récupérer mon colis tant attendu ! Mon histoire d’amour avortée avec le beau Gilles Belmonte, Capitaine de la Marine Républicaine, allait enfin pouvoir reprendre !!! 40 minutes de queue entre ombre et soleil et un tout premier contrôle de police plus tard, je remontais chez moi, serrant mes précieux livres dans mes bras (oui parce que tant qu’à faire, j’avais commandé toute la collec ! :D). Confortablement installée dans mon canapé, j’ouvrais le deuxième tome, le cœur battant et les yeux déjà morts d’amour à l’idée de me replonger enfin dans les aventures du plus génial de tous les marins ! C’était compter sans un appel de ma directrice qui, après avoir gentiment pris de mes nouvelles, m’a annoncé là, comme ça, que j’avais perdu mon poste à Carrel. Victime de la carte scolaire, je me retrouvais donc à devoir à nouveau me présenter au mouvement pour la rentrée prochaine alors que j’aurais pu rester des années dans cette merveilleuse école ! Après-midi gâchée… 😦 J’oscillais entre abattement et révolte, sans comprendre ce qui m’arrivait. Impossible ! Je m’étais tellement investie dans les projets de cette école, avec mon binôme, nous commencions déjà à préparer la rentrée, et puis, et puis, et puis… Je traînais mon âme en peine dans mon 40m2, bien décidée à ne pas me laisser faire. J’allais me battre, oui, mais comment ? Et pourquoi ? Pourquoi j’apprenais ça maintenant, en plein confinement, et pendant mes vacances en plus ? Un coup de fil à ma Môman et quelques gros sanglots plus tard, je ne pouvais plus nier l’évidence : mes beaux projets pour les années à venir à Carrel avaient volé en éclat et j’allais devoir tout reconsidérer, une fois de plus… D’habitude j’aime bien les imprévus, mais ceux de ce genre-là, pas trop, en fait. Le soir, j’ai retrouvé ma famille pour fêter les 78 ans de ma grand-mère sur zoom et ça m’a fait du bien. Après avoir rapidement dîné avec Amélie, c’est la chorale que j’ai rejoint, toujours sur zoom. Mais je n’étais pas dedans. Ma tête, en plein délire, avait décidé de se faire la malle. Et moi j’avais envie de bouder. Voilà.

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Mercredi 15 avril. Pas dormi. Flemme de me lever. Pis à quoi bon ? Marre de marre de marre de ce monde de merde. Voilà. Rideaux fermés, traits tirés, nuque raide et tête douloureuse, je décidais de rester dans mon lit en compagnie de Gilles et de l’Egalité (c’est sa frégate !). La matinée passa. Après le déjeuner, lassée et toujours autant fatiguée, je me branchais sur la suite du Bureau des Légendes en espérant débrancher du même coup un peu ma tête. Un coup de fil joyeux de chère Tante Mélou me sortit de ma torpeur et de la morosité ambiante de cette journée. Allez, je n’allais quand même pas me laisser abattre comme ça ? Elle me proposa, quitte à bouder l’école encore quelques jours, de me transmettre un bon filon pour me perfectionner dans ma passion : l’écriture. J’acceptais, ravie ! Et d’ailleurs, sitôt raccroché, je me replongeais dans mon Victoire, cherchant à tirer de nouvelles ficelles pour enrichir les aventures de mes personnages chéris. Plus tard, c’est ma sister qui m’a appelée. Elle avait lu les premiers chapitres et elle avait hâte d’avoir la suite ! ça m’a reboostée ! Je me suis couchée en me promettant, dès mon réveil, de rédiger une lettre au DASEN (comprenez : le grand chef de l’académie de Paris) pour lui demander de revenir sur sa décision de fermer ma classe à Carrel. Mes collègues étaient prêts à me soutenir en en rédigeant une pour l’école également. L’horizon s’apaisait.

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Jeudi 16 avril. Je n’ai toujours pas dormi, mais je suis assise face à mon bureau, prête à relever le défi de la toute première lettre « officielle » de ma vie. Un appel d’un prêtre de la paroisse qui a bien reçu ma demande de prière à cette intention me donne l’énergie nécessaire pour remonter mes manches et me lancer. Et toute la journée, ça n’arrête pas ! Syndicats, collègues, directrice. Tout y passe. Un vrai ballet. J’écris, je rature, je réécris, je tape et je retape, je lis et je relis. J’en ai écrit au moins 5 versions, de cette lettre, mais lorsque le soir tombe, elle est prête, elle est belle, j’y ai mis tout mon cœur, toute ma personne. S’il vous plaît, monsieur le DASEN, je VEUX rester à Carrel, c’est injuste, et puis, vous savez bien, vous que je me suis investie dans cette école et dans tous les projets qu’elle porte pour ces enfants des quartiers défavorisés, que je m’y suis formée pour pouvoir y rester, tout ça pour quoi ? Pour rien ? Mes petits CE1 ont énormément progressé mais le confinement m’en a fait perdre certains, oui monsieur, parce qu’ils n’ont pas internet et que j’ai beau appeler, ils ne répondent pas toujours. Ils auront besoin de moi à la rentrée, besoin de cette équipe soudée que nous formons tous ensemble, pour rattraper l’énorme retard qu’ils prennent en ce moment. Zut, quoi, est-ce que c’est vraiment le moment de supprimer des postes, monsieur ? Et puis, les ¾ des CP de cette année ne sauront pas lire, et c’est pas en surchargeant les classes qu’on va les aider à rattraper le niveau. S’il vous plaaaaaîîît !!!!! Voilà, c’est un peu plus pro, mais c’est à peu près ça. Je suis épuisée, vidée, lessivée. Ma tête est fatiguée. J’espère que cette nuit je dormirai enfin…

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Vendredi 17 avril. Pari perdu. Il est 2h15. Et me voilà déjà réveillée. J’ai mal au ventre, en plus. Je tourne et retourne dans mon lit. Je souffle et je soupire. J’ai chaud puis j’ai froid. Ma tête est remplie de « et si, et si, et si ». 3h. 4h. 5h. Je finis par me lever pour aller chercher une collection de BD dans le salon que je dépose sur ma couette. Je veux juste regarder les images, histoire de penser à autre chose. Ouuuaaaaah… Je me rendors enfin. Le réveil est compliqué. J’ai mal partout, c’est lourd des BD, en fait ^^ Je ne sais pas trop quelle heure il est, mais j’ai déjà plein de messages de mes collègues. Ils parlent d’une lettre. Le temps de remettre mes idées en ordre… Ah, oui, ma lettre ! Il faut que je l’envoie !! Je bondis hors de mon lit. Ouille. Mal au ventre. Aïe. Mal au dos ! Eh ben, joie des joies, après cette belle semaine de merde, ce sera donc une journée « bouillotte sur ventre ». Il ne manquait plus qu’elles… :S Je n’arrive à me concentrer sur rien, je veux juste me recroqueviller au fond de mon lit. Coups de fils, films, tout s’enchaîne. Et je refais chauffer la bouilloire toutes les heures. Le soir tombe, Amélie rentre plus tard que d’habitude. En l’attendant, je prépare un dîner avec quelques restes du congel. Je suis tellement ailleurs que je laisse cramer le contenu de la poêle et croyez-moi, le détecteur de fumée se fait un plaisir de me le signaler ! Je grimpe comme je peux sur un tabouret, la bouillotte toujours serrée sur mon ventre par ma ceinture, pour tenter d’éteindre ce fichu bazar. Heureusement qu’Amélie n’est pas rentrée à ce moment-là. Je devais avoir l’air tellement con, une main sur le ventre et l’autre au plafond à m’acharner sur un bitoniau introuvable ^^ On a dîné en rigolant, et je suis retournée me recroqueviller sous ma couette. Cette nuit, je dors, sinon c’est mort !

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Samedi 18 avril. Amen de gloire, j’ai dormi ! Je suis en pleine forme ce matin, et ça tombe bien, parce que la rentrée est dans deux jours et j’ai toujours rien préparé pour mes loulous ! Depuis le fond de mon lit, je m’attaque aux plans de travail de chaque jour de la semaine à venir. Franchement, à quoi ça sert de s’avancer ? De toute façon, je me connais, je le sais, je bosse toujours mieux dans l’urgence. CQFD. En deux heures, c’est plié et c’est parfait. Tout ce que je pourrais dire à l’oral est passé à l’écrit. Ça me fait bizarre de penser que mes élèves vont apprendre à manipuler le groupe sujet sans moi, sans les étiquettes ni les supports habituels. Et vive le confinement ! Et pour les maths, madame ? Eh bien pour les maths, c’est parti pour la multiplication..! Fallait bien commencer un jour… Ben mon cochon, si avec tout ça ils s’en sortent, on sera bien heureux ! Voilà, c’est prêt. J’associe un drive à ce beau plan de travail, les rituels et les défis suivront. Vivement lundi ! Expédition dans le couloir. Tout est silencieux… Amélie fait la sieste. Moi aussi, j’en ai bien envie. Plus tard, après avoir fait quelques folies de courses au monop, on s’installe avec un bon goûter devant un reportage en replay sur Notre-Dame. C’est beau, c’est émouvant. C’est un bien bel hommage qu’ils lui rendent, tous ces compagnons, ces artisans, ces architectes, à la Grande Dame ! On s’interrompt toutes les deux quasi en même temps pour répondre au téléphone. Enfin ! Après deux mois sans jamais réussir à s’avoir, ça y est ! J’ai enfin Cécile, une de mes anciennes colocs (année 2015-2016, si si), au téléphone ! On échange nos nouvelles de confinement. Ça me fait plaisir de l’entendre, c’est toujours trop chouette nos échanges. Je rejoins ensuite Amélie qui est sur HouseParty avec ML. On lui annonce la folie dans laquelle j’ai décidé de me lancer demain matin. Elle rit. Vous voulez savoir ce que c’est ? J’ai acheté de quoi me teindre les cheveux, voilà. Quitte à être confinée encore un mois, autant en profiter pour tenter de nouvelles expériences, non ? La journée se termine pour nous après le visionnage d’un autre reportage en hommage à Notre-Dame et nous rejoignons nos lits en bâillant.

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Bonus spécial « expérience en confinement » : J’ai effectivement, avec l’aide de ma très chère coloc, teint mes cheveux ce matin, avant la messe. Ce qui devait être une coloration acajou se révèle en fait être plus roux que roux ! Amélie s’écroule de rire lorsque je retire la serviette qui entourait mes cheveux. J’ai la tête presque orange au soleil, c’est hyper drôle ! Le truc c’est que cette couleur fait ressortir mes cernes immenses et la pâleur de mes joues. Je trouve que je ressemble plus au cadavre d’un pirate qu’à la beauté incarnée ! Bon ben… Pari tenu, mais maintenant il va falloir assumer…

Une confinée qui s’ennuyait (parmi tant d’autres).

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