Chroniques d’une confinée

Toute ressemblance avec la personne ayant écrit les quelques lignes qui vont suivre ne serait que le fruit de votre imagination un peu trop fertile !

Semaine 3

Lundi 30 mars. Je me suis réveillée avec une flemme immense et des « à quoi bon ? » plein la tête. Toute ma bonne volonté s’est évaporée, enfuie avec mes rêves. Il semble avoir été décidé à mon insu que la semaine commencerait mal. Bien, je ne lutterai donc pas contre cette envie qui me tenaille de rester au fond de mon lit, na ! Le hic, c’est quand même que mes élèves attendent les consignes de la semaine… Je peste, je souffle, je soupire. Me voici donc, à nouveau affalée contre mon oreiller, mon ordinateur sur les genoux, une tasse de thé fumante entre les mains, prête à gérer la « continuité pédagogique » comme si de rien n’était. De toute façon, ils ne sauront jamais que je leur écris depuis le fond de mon lit ^^ Les consignes passées, je replonge avec délices sous ma couette. Je sens que ma conscience professionnelle en prend un coup, mais j’ai vraiment la flemme d’aller plus loin. Amélie revient de l’hôpital alors que j’ai enfin trouvé la force de me lever. Je suis même habillée, incroyable, non ? On déjeune tranquillement en faisant des expériences « scientifiques » avec la buée de nos tasses de thé sur nos verres de lunettes. Pouarf, on a 5 ans, là ! Après ça, on se sépare : elle va bosser sa réa, et moi je retourne à mon bureau. J’hésite. Mon cœur balance entre ma boîte mail et Victoire. J’opte pour Victoire et me lance dans la rédaction du troisième chapitre ! Je ne saurai vous dire comment je suis venue à bout de cet après-midi. Je n’ai pas manqué mon petit rendez-vous avec Jésus, heureusement, mais plus l’heure avançait, plus je prenais conscience que ce confinement commençait à me taper sérieusement sur le système ! D’abord, mon esprit, plus libre que jamais, ne cesse de vagabonder et ça devient usant. Ensuite, je suis tellement disponible à tout que je finis toujours dispersée, à être à la fois en train d’écrire, d’écouter un podcast, de penser à ce que je vais manger, de répondre à des mails rédigés par des enfants de 7 ans, et d’attendre que mon téléphone sonne pour me sortir enfin de cette solitude avec laquelle je deale douloureusement depuis déjà 15 jours ! En somme, je vis la vie dont j’ai toujours rêvé – plus personne sur mon dos pour me faire faire ce que je ne veux pas ou n’aime pas faire – et en même temps mon pire cauchemar – plus personne pour me sortir de ma flemmingite aigüe, justement. Dieu, que ce monde manque de chaleur ! Wow wow wow !! Avec tout ça, j’ai failli oublier de vous raconter notre Skypero du soir qui était quand même bien sympa. On s’était donné rendez-vous avec toutes les Groupies du P’tit Martin – c’est mon crew, si on veut, et on s’appelle comme ça parce que Martin c’est le bébé d’Anne, une des Groupies 😉 Après ce super moment bien réconfortant, on a terminé Outlander en mangeant des crêpes avec Amélie. Chouette soirée au regard de cette bien longue journée… !

*

Mardi 31 mars. Flemmingite, quand tu nous tiens ! Mon réveil semble ne pas avoir voulu sonner, ce matin, et je me suis réveillée super tard. Oupsi. Du coup, comme hier, j’ai traîné au lit en prenant le temps de répondre à mes mails et en recommençant à écrire un peu, aussi. Vers 13h (quoi ?? déjà ??) Amélie me secoue. Ma charmante coloc – pourtant en plein jour de repos avant de remonter à l’assaut – a préparé le déjeuner et il est prêt. Zut, je suis encore en pyj… Bon, elle est sympa, elle ne s’en formalise pas, mais quand même, après ça, je vais prendre ma douche parce que j’ai un nouveau Zoom avec la chorale ce soir et je me vois mal débarquer en pyjama devant eux ! Il fait tellement beau et tellement chaud (ouioui je suis sérieuse) qu’à l’heure du goûter, après avoir travaillé chacune de notre côté, on se retrouve dans le salon avec nos lunettes de soleil, nos bouquins, des glaces, et YouTube branché sur des « bruits de mer » en direct. La fenêtre est ouverte, le canap’ est orienté vers le soleil : qu’est-ce qu’on est biiiieeeeen !!!!! Il ne manque que l’odeur de la plage. L’heure tourne et on en profite à fond, croyez-moi, parce qu’on ne sait pas si une nouvelle occasion de le faire se représentera. On imagine la tête de nos voisins d’en face. Ils doivent bien se marrer, haha ! Après le dîner, le Zoom avec la chorale me fait du bien. Je les aime bien, nos délires d’Alti me manquent, heureusement qu’on a trouvé ce moyen pour rester en contact envers et contre le Corona ! En plus, ô joie, ce soir, le Père David est parmi nous ! La réunion se prolonge avec les plus motivés. Je reste jusqu’au bout, ça me fait du bien de rigoler avec eux. Pourtant, je m’endors en sentant le mal de crâne arriver : j’ai dû y aller un peu fort sur la musique ces derniers jours, ou alors je suis stressée sans le savoir. Mes acouphènes reprennent du service et prennent un malin plaisir à m’inonder la tête de leurs vibrations insoutenables. Mais quelle semaine de meeeeeerde !

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Mercredi 32 mars. Quand je pense que l’an dernier, j’ai fait croire à mes CE2 que le Ministère avait décidé qu’avant la fin de l’année tous les élèves devraient savoir écrire de la main droite comme de la main gauche (même que ça s’appelle être ambidextre, ça !), à l’endroit comme à l’envers, et que ça avait troooooop bien marché ! Je revois leurs têtes quand j’ai dessiné un énooooorme poisson au tableau au moment où on allait commencer la dictée, pouarf, mais qu’est-ce que j’avais ri ! Qu’est-ce que je suis dégoutée, surtout, de ne pas pouvoir refaire la même blague cette année ! Je prépare quand même un petit plan de travail spécial 1er avril à mes loulous, en espérant qu’il y en ait au moins un qui réagisse… Ensuite, ultra motivée que je suis (tiens, c’est bizarre, ça !) je monte à l’assaut du bazar qui se trouve sur mon ordi. J’en peux plus de ne jamais retrouver mes documents, il est temps que ça change. Quand je viens enfin à bout de ce travail de Titan (quoi qu’il me reste un bon morceau à trier, mais je me le garde pour les vacances, celui-là) il est 15h passées. Mon ventre a oublié de me rappeler l’heure du déjeuner, le fourbe ! J’ai plutôt envie d’un bon goûter. Je m’installe au salon, devant The English Game, un bol de céréales digne de Pantagruel à la main. Je bâille une fois. Je bâille deux fois. Oula, mais qu’est-ce qui m’arrive, pourquoi je m’endors ? Je lutte. Je bâille. Ah non non non ! J’ai rendez-vous avec Osanne au téléphone, tout à l’heure, et pas question de rater ça ! Et quel rendez-vous ! 2h !! On s’est raconté nos vies pendant 2h ! Ah, qu’est-ce que c’était chouette de l’entendre, depuis les montagnes reculées dans lesquelles elle s’est confinée, allongée dans mon canap’, entre ombre et soleil, avec plaid et grosses chaussettes en prime. J’y étais presque, à la montagne, hahaha 😀 Après ça, je regarde mes mails. Rien. Mais rien de rien de rien. Pas un seul de mes élèves n’a relevé l’étrange date du jour (32 mars, ouioui) ni la bizarreté du document envoyé : Histoire du poisson carré. Aucun humour… Je suis déçue ! Et fatiguée. J’vais me coucher, zut, j’arriverai pas à attendre le retour de Mimi. Tant pis. ZZZZzzzzzzz…

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Jeudi 2 avril. Aujourd’hui, c’est mon mensiversaire. Dans 2 mois tout pile, j’ai 26 ans ! Aujourd’hui, c’est la fête, aujourd’hui, je me fais plaisir, voilà ! En plus, cette nuit, j’ai bien dormi, alors je suis en forme. Je commence par prendre un bon gros petit-dej au lit, puis je poursuis la lecture captivante du Mémoire de ML. J’apprends plein de choses, c’est passionnant. Il est à peine 9h quand la nouvelle tombe. Amélie rentre, elle quitte la réa, là, ça va pas. Zut. Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Je sors de mon lit, hors de question de traîner. Elle va avoir besoin de soutien. Il faut que je m’active. Quand est-ce qu’elle va rentrer ? Je lui prépare quoi ? Ma tête turbine. Calm down, Cha. Du ménage. Je vais faire du ménage, c’est bien, ça, ça va me calmer. Oui oui, très bien. Ah, la voilà, alors que je m’attaque aux vitres. « Ça va ? » « C’est l’enfer… ! » Elle a craqué. J’ai mal pour elle et en même temps je suis soulagée qu’elle parle enfin. Je la prends dans mes bras – f*** le Covid ! ma coloc est malheureuse, elle n’en peut plus, je vais pas la laisser pleurer sans la consoler ! Après ça, elle se met au lit. Il faut qu’elle dorme. Elle est en repos jusqu’à lundi, et normalement elle réattaquera dans un service un peu plus calme. Ouf. Après le déjeuner, je reprends The English Game. Finalement, c’est sympa. Ensuite, j’appelle ML pour lui donner mon retour sur son mémoire. On papote un peu, puis je reprends mes corrections. Disons plutôt que je m’y attaque. Oui, c’est plus vrai. 16h34, Jeanne m’appelle. Elle sort de l’école, elle me raconte sa journée, je lui raconte la mienne, on rigole et on raccroche. 17h08, dring dring again ! Cette fois, c’est Eline. Comme ça fait looooooongteeemps qu’on ne s’est plus donné de nouvelles on a plein de choses à se dire ! Et ça dure un petit moment. D’abord je suis debout, j’arpente ma chambre, je regarde par la fenêtre. Je me rassois. Je me relève. On rigole. Je m’allonge sur mon lit la tête en bas. Oups, au bout d’un moment j’ai la tête qui tourne, je me redresse, je tente de reprendre une position normale. Il est presque 19h quand je raccroche. Il est temps d’aller faire quelques courses et de préparer un bon dîner ! En fait, ça se finit en pizza et croquants au chocolat tout faits tout prêts, hahaha ! Pendant le dîner, je reçois quelques photos de la part d’une maman d’élève. Défi-recette relevé avec brio, et moi j’ai gagné une belle recette de cookies, youpi ! Le message qui suit me donne envie de pleurer. Elle me remercie pour ce projet « Un défi par jour » que j’ai lancé la semaine dernière. Ça lui a permis de partager de supers moments avec son fils et elle en est très heureuse. Je suis touchée. Tellement touchée que je ne sais pas quoi lui répondre ! ça attendra demain, sinon je vais me mettre à pleurer. J’ai la voix cassée d’avoir tant parlé. Mon mal de tête revient alors que je me couche. Mes acouphènes aussi. Je me bats avec le sommeil. Résultat, la nuit avance et moi je ne dors pas. Je suis dégoutée. Tout me ramène à cette désolation ambiante. J’en ai marre de ce confinement.

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Vendredi 3 avril. Je n’arrive pas à me lever. Normal, j’ai pas dormi. Je prends quand même mon ordi, il faut que je termine de préparer les devoirs de vacances de mes loulous ! Manon m’a envoyé les diplômes qu’elle a préparé pour ses élèves et leurs parents. C’est une bonne idée, ça leur remontera le moral ! Je m’y attelle. Tout est prêt, y a plus qu’à envoyer tout ça par mail. Je ne pourrai pas les appeler aujourd’hui, ça résonne trop dans mes oreilles. Après un bon bol de riz partagé sur le canap’ avec Mimi, j’envoie mes mails un par un. Ça me fait bizarre de leur souhaiter de bonnes vacances comme ça… D’habitude, c’est l’euphorie à l’école. Tout le monde rigole, s’embrasse, les cartables sont lourds, les enfants sourient, ils ont déjà mille idées en tête de ce qu’ils vont faire pendant leurs vacances. Là, c’est totalement différent : « Tu vas faire quoi de beau ? » « Je vais rester à la maison. » Chouette ! Les réponses à mes mails affluent rapidement. Des « merci », des « félicitations pour tout ce travail que vous avez fait ces dernières semaines », des « prenez soin de vous » et j’en passe. Les parents sont heureux et fiers de recevoir un diplôme au même titre que leurs enfants. C’est déjà ça de gagné ! Un peu plus tard, j’appelle ma môman. Besoin de parler. Je ne me sens pas bien. J’en ai marre d’être coincée. Je sens que je vais devenir zinzin. J’ai besoin de respirer. Je rigole en disant que lundi, je visiterai le salon, mardi la cuisine, mercredi ma chambre, jeudi le couloir et vendredi la salle de bain, mais en vrai, au fond de moi, je sens que je vais vivre un enfer si je ne trouve pas quelque chose à faire pour occuper ces deux semaines de « relâche ». Intranquillité, quand tu nous tiens ! C’était marrant au début, d’être confinée. J’étais heureuse qu’on me foute la paix, heureuse de pouvoir faire tout ce que je voulais quand je le voulais, de traîner au lit, de vivre en pyjama et de manger n’importe quoi. Mais ça va bien deux minutes, je suis clairement pas faite pour ça. Ma tête, ça fait longtemps qu’elle s’est échappée de sa cellule de confinement. D’ailleurs, cette semaine, elle m’a complètement lâchée, la traitresse. Je pars dans tous les sens. Aïe aïe aïe, que j’aime pas ça quand ça fait ça ! Au secours, je me sens définitivement inutile et je déteste ça ! 18h. Après deux jours de boude, je reviens enfin devant mon coin prière. C’est chaud. Je réalise que je me suis levée du mauvais pied toute la semaine (et encore ! quand je me suis levée…) et que toute ma semaine s’est déroulée comme si j’étais une vache qui regardait un train passer. Il est passé. Et moi j’ai pas bougé. Le truc, c’est qu’en plus, j’ai tout vu en noir. Je suis insatisfaite. Je me sens nulle. Et pourtant ! Pourtant, si je regarde bien, mes élèves ont eu leur travail et leurs défis chaque jour. J’ai même tenté de leur faire une blague à distance pour le 1er avril ! J’ai relu le mémoire de ML. J’ai repris 2 articles d’Anne. J’ai eu plein d’amis au téléphone. J’ai fait le ménage de ma chambre du sol au plafond. J’ai même commencé à faire celui de mon ordi ! C’est pas grand-chose au regard de ce que font les gens qui sauvent des vies, certes. Mais j’ai fait ce que je pouvais faire à ma petite échelle. Là, j’ai deux semaines dispos, je vais me rendre disponible pour servir ! Merci Jésus pour ta lumière dans ma vie. Ce soir, on a encore mangé une pizza avec Amélie, en écoutant Sardou et en chantant à tue-tête. C’était chouette !

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Samedi 4 avril. Cette nuit, j’ai bien dormi. Je me sens plus paisible que ces derniers jours. La tempête qui dévastait ma tête s’est apaisée. Même mes acouphènes semblent s’être envolés. Il fait beau, en plus. Je regarde le ciel bleu depuis mon lit. On devait aller courir avec Amélie mais ça attendra la fin de l’après-midi. On est trop bien. On est samedi. Je termine The English Game. Happy me ! On a mangé des légumes à midi et on a papoté longuement sur le canap’ en savourant un Ferrero Rocher avec notre thé/ café. Après, je me suis réinstallée face à mon ordi. J’ai regardé le fichier Victoire droit dans les yeux (ouais, ça a été un peu compliqué de capter son regard) et je lui ai dit qu’il était temps qu’il arrête de me bouder ! J’avais plein d’idées, j’ai écrit longtemps. Un peu avant 17h, j’ai rejoint Amélie sur le canapé. Comme mardi, on l’a tourné vers le soleil et on a bronzé en écoutant de la musique. Il faisait encore plus chaud que mardi, d’ailleurs ! Quel bonheur de sentir la caresse du soleil sur nos visages ! Après mon petit rendez-vous avec Jésus – plongeon total dans l’Amour du Christ, ce soir – on est sorties courir. On n’a pas pu aller très loin dans le quartier mais ça nous a fait du bien de bouger ! Après, on a pris le temps de s’étirer dans la cour. Je lui ai demandé si ça faisait grandir de s’étirer autant. Elle a ri. Je crois que je suis condamnée à ne pas dépasser le mètre 66 (67 parfois). Ma petite sœur m’a appelée pile au moment où je sortais de la douche. C’était chouette de l’avoir ! Elle est confinée avec des amis et son fiancé dans la maison des grands-parents de ce dernier, ils ont un jardin et même un bois pour se promener, y a pire comme lieu de confinement ! Ensuite on a pris l’apéro en profitant des derniers rayons du soleil, on a mangé un man’ouché (plat typique du Liban) en chantant, et je me suis remise à danser. Notre petit footing m’a fait un bien fou, je revis !

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Ma troisième semaine de confinement se termine. Je suis passée par tout un tas d’états différents pas forcément très agréables et je suis bien contente qu’elle soit derrière moi. Quand je pense qu’il y a quinze jours, j’étais un peu (beaucoup !) surexcitée par tous ces bouleversements que je vivais… quel chemin depuis ! Demain, c’est le Dimanche des Rameaux. On a accroché un beau rameau confectionné par Amélie à notre fenêtre. On prie pour vivre pleinement cette Semaine Sainte malgré le confinement. On devait toutes les deux la vivre d’une manière bien particulière avec notre paroisse et c’est dur de ne pas pouvoir le faire, finalement. Confiance et prière, il n’y a rien de plus à dire, rien de plus à faire. Ce soir, nous allons toutes les deux nous endormir dans l’Espérance…

Une confinée (parmi tant d’autres)

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